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TransparenceLire le bilan d'une course solidaire : ce qu'il doit contenir
Après l'arrivée, une course solidaire a encore une chose à montrer : ses comptes. Un bilan clair dit combien l'épreuve a rapporté, ce qu'elle a coûté et ce qui a réellement été versé. Voici comment le lire sans être comptable.
Pourquoi le bilan compte autant que le parcours
Quand on prend un dossard solidaire, on paie deux choses à la fois : une course et une promesse. La course, on la vit le jour même. La promesse, elle, ne se vérifie qu'après coup, quand l'organisateur publie ce qu'il a encaissé, ce qu'il a dépensé et ce qu'il a versé.
Ce document n'a rien d'une formalité. C'est lui qui distingue une épreuve solidaire d'une course ordinaire avec un slogan. Il n'a pas besoin d'être long ni joliment mis en page : une page bien construite vaut mieux qu'une brochure en couleurs sans un seul chiffre. Il figure d'ailleurs en bonne place dans la check-list en six questions proposée sur l'accueil.
Les cinq éléments d'un bilan complet
Un bilan honnête, même modeste, répond à cinq questions :
- Combien la course a-t-elle rapporté ? Le total des recettes, avec le détail : inscriptions, partenaires, buvette, dons éventuels.
- Combien a-t-elle coûté ? Les grands postes de frais, au moins secours, chronométrage, assurance, ravitaillement et matériel.
- Combien a été reversé ? Un montant en euros, pas seulement un pourcentage.
- À qui, et quand ? Le nom du bénéficiaire et la date du virement.
- Pour quoi faire ? L'usage prévu ou constaté des fonds, idéalement confirmé par le bénéficiaire lui-même.
Il faut aussi pouvoir comparer ces chiffres à ce qui avait été annoncé avant la course. Si la règle était « 5 € par dossard », le calcul doit retomber juste. Si c'était « tous les bénéfices », le détail des frais devient indispensable.
Un exemple chiffré, entièrement imaginaire
Pour fixer les idées, voici le bilan d'une course fictive : 400 inscrits à 15 €, un 5 km et un 10 km, une règle annoncée de reversement du solde après frais. Aucun de ces chiffres ne correspond à une épreuve réelle.
| Poste | Montant | Commentaire |
|---|---|---|
| Inscriptions | 6 000 € | 400 dossards à 15 € |
| Partenaires locaux | 1 500 € | deux commerces et une entreprise |
| Buvette | 700 € | tenue par des bénévoles |
| Total des recettes | 8 200 € | |
| Secours et sécurité | 900 € | poste de secours, signaleurs équipés |
| Chronométrage et dossards | 1 100 € | prestataire avec puces |
| Assurance | 300 € | responsabilité civile de l'organisateur |
| Ravitaillement | 500 € | eau, fruits, gobelets |
| Matériel et communication | 1 200 € | barrières, sono, affiches |
| Total des frais | 4 000 € | |
| Montant reversé | 4 200 € | virement au bénéficiaire, date indiquée |
Dans cet exemple, la part reversée représente environ 70 % des inscriptions et un peu plus de la moitié des recettes totales. C'est un ordre de grandeur plausible pour une petite course qui paie ses secours et son chronométrage. Une épreuve dont un partenaire prend en charge le chronométrage reverserait davantage ; une première édition, avec du matériel à acheter, souvent moins.
Lire les frais sans soupçon ni naïveté

Les frais ne sont pas suspects en eux-mêmes. Une course sur la voie publique sans secours, sans assurance ni signaleurs serait une mauvaise course, solidaire ou non. Les démarches et les postes obligatoires sont décrits dans le guide pour monter une course solidaire : les connaître aide à juger un bilan avec bon sens.
Ce qu'il faut regarder, c'est la cohérence. Des frais de communication qui dépassent ceux des secours, une ligne « divers » qui pèse un quart du total, des tee-shirts de luxe pour une course de quartier : rien d'illégal, mais autant de questions légitimes à poser.
Les signaux qui doivent alerter
Certains bilans rassurent par leur précision, d'autres inquiètent par leurs silences. Quelques signaux méritent l'attention :
- aucun bilan publié plusieurs mois après la course ;
- un pourcentage sans montant, ou un montant sans détail des recettes ;
- un bénéficiaire qui change entre l'annonce et le versement ;
- une « cause » sans structure nommée pour recevoir l'argent ;
- des chiffres qui ne retombent pas sur la règle annoncée.
Le bon réflexe. Un organisateur sérieux répond volontiers à une question polie sur ses comptes. Un silence prolongé est déjà une réponse.
Dons, reçus fiscaux et collectes individuelles
Certaines courses proposent, en plus du dossard, un don libre au bénéficiaire. Les dons à certains organismes peuvent ouvrir droit à une réduction d'impôt, sous des conditions qui tiennent à la nature de l'organisme et à l'absence de contrepartie. Le prix d'un dossard, qui donne accès à une épreuve, ne relève en général pas de ce régime. Les règles et les taux pouvant évoluer, la fiche officielle de service-public.gouv.fr citée en source reste la référence.
Les collectes individuelles, où chaque coureur fait parrainer ses kilomètres, posent une question de plus : l'argent transite-t-il par l'organisateur ou va-t-il directement au bénéficiaire ? Dans le second cas, le bilan de la course n'en dira rien ; c'est au bénéficiaire, ou à la plateforme utilisée, d'en rendre compte. Le principe général de ces campagnes est bien résumé dans l'article encyclopédique sur la collecte de fonds, cité en seconde source.
Quand le bilan se fait attendre
Un bilan demande un peu de temps : factures à régler, virement à effectuer, recettes de dernière minute à intégrer. Quelques semaines de délai sont normales. Au-delà, rien n'empêche d'écrire à l'organisateur, ou au bénéficiaire, pour demander où en sont les comptes.
Cette exigence n'a rien de méfiant. Les courses solidaires nées pendant l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 ont montré la force de l'élan collectif ; la transparence est ce qui permet à cet élan de durer d'une édition à l'autre.